3 août 1915 – L’Uniforme

Aujourd’hui dans la cour du Château grande inspection des nouveaux uniformes par devant le Divisionnaire Audéoud et son Etat.Major. Les Compagnies arrivent et montent dans les classes du Collège pour se revêtir de l’uniforme gris-vert. Dans la cour on examine chaque soldat et plus d’un doit remonter changer qui un pantalon, qui un veston. Un bon loustic du gros de Vaud me dit : « Et bien voilà… je viens suisse à Delémont et je ressorts de Delémont, Boche… ! ». Il faisait allusion au nouvel uniforme ressemblant à celui des Allemands… Quoiqu’il en soit le bonnet de police, nouveau, est gracieux et commode et tous nos soldats en sont enchantés. Ils sont un peu guindés dans leur uniforme neuf, ils se croient des touristes, mais enfin ils s’y feront et sont contents, même mon loustic soldat du gros de Vaud, qui se croit boche.

Commentaire

Au début de la Grande Guerre, presque tous les belligérants adoptent des tenues de combat plus discrètes et plus simples que celles en usage jusqu’en 1914. Il s’agit de faciliter le camouflage des troupes dans les tranchées et durant les assauts et d’économiser sur la fabrication de ces uniformes qui, du fait de l’âpreté des combats, doivent être régulièrement renouvelés. Les Français adoptent ainsi la tenue « bleu horizon » et les Allemands passent du gris liseré de rouge à un sobre « feldgrau ». Fortement influencés par les principe en vigueur dans armées du Kaiser – on pense notamment au drill et au pas de l’oie, honnis des Jurassiens – les Suisses adoptent à la même époque un nouvel uniforme qui, par la coupe et plus encore par sa couleur, le fameux « gris vert », rappelle celui des soldats d’outre-Rhin. Ce style indispose beaucoup de citoyens-soldats, d’autant que le casque suisse adopté en 1918 ressemble lui aussi au « stahlhelm » allemand. Dans les faits, des milliers de miliciens helvétiques ne reçoivent ni uniformes, ni casques et ils continuent de porter l’ancienne tenue jusqu’à la fin de la mobilisation, en 1918.


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